Sasquatch 2013 (4e partie) : l’Ours

Mardi 24 septembre

Ce matin, mes deux jeunes sont toujours bien décidés à rentrer. Impossible de leur faire changer d’avis. Vers 11h ils partent rejoindre le bus pour Vancouver sous une averse qui leur tombe dessus à ce moment-là.

« En tout cas, pas des aventuriers, c’est sûr ! », je me le répète encore une fois.

Le temps ne s’arrange pas de toute la journée : averses incessantes de jour…comme de nuit.

Mercredi 25 septembre

Me voilà seul.

Je repense aux événements de ces deux derniers jours et ressens une profonde blessure d’amour-propre suite à l’accident : je n’ai plus eu d’accident de voiture depuis plus de 20 ans, même pas un accrochage !…Et je suis aussi furieux à cause du comportement fusionnel des jumeaux car ce que l’un décide l’autre suit. Dans cette sorte de bulle qu’ils forment, il y a quelque chose à mon sens de malsain par rapport à l’ouverture vers le monde et les autres. Je suppose que c’est ainsi chez beaucoup de jumeaux. Mais ce n’est pas le propos ici.

La leçon que j’en tirerai en tout cas : pour ma part je n’accepterai plus de jumeaux sinon au sein d’un groupe plus important

La pluie s’est arrêtée ce matin et le soleil a pris possession du ciel.

Je décide de retourner dans la zone du terrain de camping et voir si je trouve quelque-chose.

Je constate les dégâts des engins forestiers : on se croirait dans une zone ravagée par la guerre : plus rien à voir avec la zone forestière que j’avais connue quelques années auparavant.

Ce n’est que troncs mutilés, tas de branches de toutes grosseurs de plusieurs mètres de haut, ornières plus ou moins profondes, et où est donc le ruisseau que je suivais en 2009 ? Ce n’est plus qu’un filet d’eau putride.

Je décide de m’installer dans cette désolation dans l’espoir de filmer un animal qui traverserait la zone…et je ne peux m’empêcher de penser à Roger Patterson et Bob Gimlin et leur film de 1967 montrant une femelle bigfoot, le seul à ce jour certifié authentique par les études qui en ont été faites.

Mais rien ne se passe pendant au moins 2 h. Je décide alors de bouger et de m’installer à un autre endroit.

A peu de distance je repère un bosquet, comme miraculeusement épargné par les tronçonneuses. Il ferait peut-être un meilleur point de vue que celui que j’occupe…et j’y serai plus discret.

Je remballe et rejoins le couvert des arbres. Et si je me mettais à l’orée de cet îlot de verdure, à l’ombre ? De là je pourrai embrasser du regard une vaste zone de la clairière de coupe.

Et de redéployer mon tripode, d’y réajuster ma caméra et de m’installer confortablement.

A peine installé et ma caméra allumée que je vois sortir du bois, de l’autre côté du vallon, un gros ours noir mâle. Il ne me repère pas : les ours ont mauvaise vue mais excellent odorat.

Celui-ci va traverser tranquillement, ne s’arrêtant que brièvement pour examiner quelque chose avant de reprendre sa traversée pour rejoindre le couvert des arbres de l’autre côté. Je l’ai ! Ce n’est pas un Sasquatch, c’est sûr !, mais c’est ma première bonne séquence d’ours et cela m’émeut, et je me dis que je n’ai malgré tout pas perdu ma journée.

Ce n’est pas la première que je croise la route d’un ours noir : nous en avons rencontré plusieurs en 2008, essentiellement des femelles suitées. En 2011 j’en ai approché et filmé un de près, sans bien le voir pour autant dans la végétation qui le cachait, ce qui fait qu’à part une ombre noire se mouvant dans le sous-bois on ne voit pas grand-chose sur la séquence.

L’ours noir ou baribal (Ursus americanus)

Faisons une petite digression sur l’ours noir (Ursus americanus) ou baribal.

Tout d’abord l’animal est très fréquent en Amérique du Nord. Il se rencontre dans une aire géographique qui s’étend du nord du Canada et de l’Alaska au nord du Mexique, et des côtes atlantiques aux côtes pacifiques de l’Amérique du Nord.

On estime sa population entre 500.000 et 1 million d’individus, selon les sources que l’on peut consulter.

L’espèce est loin d’être en danger puisqu’on estime qu’ils sont plus nombreux aujourd’hui qu’ils ne l’étaient à l’arrivée des Européen et cela malgré le fait qu’ils aient été éradiqués de plusieurs Etats américains et que l’on en tue chaque année 40.000 environ.

En Colombie Britannique on estime sa population à 175.000 individus, ce qui fait quand même le quart de la population totale.

Cet ours n’est pas un géant : il mesure généralement entre 140 et 200 cm de longueur pour une taille au garrot comprise entre 100 et 120 cm.

Les femelles pèsent entre 40 kg et 180 kg (moyenne de 70-80 kg, alors que les mâles font entre 115 et 275 kg (moyenne de 120 kg). On a cependant trouvé un ours pesant 400 kg en Caroline du Nord.

Son régime alimentaire est omnivore, avec une forte tendance au végétarisme, comme la plupart des ours, l’exception étant l’ours blanc.

Ils peuvent courir jusqu’à 55 km/h. L’ours est un animal plantigrade, c’est-à-dire qu’il marche en posant entièrement la plante des pieds sur le sol.

Contrairement aux idées reçues, les attaques d’ours noirs contre les hommes sont excessivement rares : entre 36 et 60 attaques mortelles, selon les sources, ont été recensées tout au long du XXe siècle, et 5 seulement au Canada au cours des 25 dernières années.

Si la femelle grizzly n’hésite pas à défendre ses petits, l’ourse noire ne s’en prend pas aux hommes pour protéger sa progéniture[ elle l’abandonnera plutôt pour se mettre à l’abri]. Ce sont aussi les seuls ours que l’on peut apprivoisé s’ils sont élevés petits, mais des ours sauvages adultes peuvent également se rapprocher des hommes et accepter une friandise à l’occasion.

Arctodus simus

Arctodus simus

Malheureusement Ursus americanus hérite dans l’opinion publique de la mauvaise réputation de son cousin Grizzly (Ursus arctos) et de parent aujourd’hui disparu, l’ours à face courte (Arctodus simus ).

Mais laissons là les ours.

Mon petit ami…

Sur le chemin du retour, j’ai le loisir de filmer un petit écureuil de Douglas qui, après avoir jugé que je ne constituais pas un danger pour lui, s’est montré très afféré à me faire une démonstration de son habileté à décortiquer une pomme de pin.

Chaque fois que j’ai eu l’occasion de croiser la route de ce petit rongeur peu farouche j’ai eu l’impression qu’il s’amusait beaucoup à me faire un numéro pendant souvent plusieurs minutes.

(A suivre)

Ce récit vous a plu et vous voulez vivre ce type d’aventures ? Cet été venez avec nous sur le terrain !

Cette entrée a été publiée dans Expéditions, Sasquatch Expeditions, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.