Cryptolecture : »Les Hypothèses Nessie », par Michel Ballot

J’étais très intéressé de lire le dernier livre de Michel Ballot  « Les hypothèses Nessie, vérités, doutes et impostures sur les monstres du loch Ness », car avec un titre aussi alléchant nous allions enfin avoir un travail en français fouillé et objectif sur le sujet, mais j’avais quand même une crainte ; d’une part parce que Michel n’est pas connu comme un « spécialiste » du sujet et que d’autre part j’avais été extrêmement déçu par le visionnage de son documentaire, avec Marie Voignier, « L’Hypothèse du Mokélé-Mbêmbé » qui faisait bien sûr écho dans mon cerveau.
Hélas ! Mes craintes allaient être confirmées et une nouvelle déception de taille m’attendait avec cet ouvrage. Voyons-en les raisons (j’ai écrit mes commentaires au fur et à mesure de ma lecture, il y aura donc sans doute parfois des redites, que l’on m’en excuse)…

Tout d’abord, je ne m’attarderai pas sur les nombreuses fautes d’orthographe, de grammaire et de style et je me contenterai de ne reprendre que les erreurs dans les noms scientifiques, avec lesquels Michel semble fâché, un comble pour quelqu’un qui se prétend naturaliste.
Je ne peux donc que conseiller à Michel de relire ses manuscrits ou les bons-à-tirer avec attention ou d’en confier la relecture à trois autres personnes au moins, avant sa publication. Cela dit, il me semble que les éditeurs ont des relecteurs également et que si c’est le cas, celui-ci n’a pas fait son job…

Réglons une fois pour toutes le problème des erreurs de nomenclature scientifique. Ainsi :

  • p.146 : Phoco vitulina pour Phoca vitulina (le phoque commun ou veau marin)
  • p.146 : Phoco vitulina pour Halichoerus grypus (le phoque gris)
  • p.139 : Pinus sylvetris pour Pinus sylvestris (le pin sylvestre)
  • p.171 : « obobénidés » pour « odobénidés » (les Morses)

Autre erreur : « Margaret Munro » qui devient, par un tour de passe-passe, Margaret Bruno en p. 65 et p. 66.

Michel Ballot confond également les termes « hypothèse » et « théorie », ce qui démontre sa méconnaissance de la Démarche ou Méthode scientifique, primordiale dans toute recherche, qu’elle soit (crypto-)zoologique ou non.
Rappelons brièvement la différence entre ces termes qui ne sont pas interchangeables en ce qui nous concerne.

Une hypothèse est une proposition ou un « dit » ou une explication que l’on se contente d’énoncer sans prendre position sur son caractère véridique, c’est-à-dire sans l’affirmer ou la nier. Il s’agit donc d’une simple supposition. Une fois énoncée, une hypothèse peut être étudiée, confrontée, utilisée, discutée ou traitée de toute autre façon jugée nécessaire, par exemple dans le cadre d’une démarche expérimentale, une des composantes de la démarche scientifique.
Une hypothèse est donc une affirmation qui peut être prouvée ou réfutée. Il est généralement utilisé dans la recherche quantitative et prédit la relation entre les variables (la variable est un élément que l’on peut modifier).
Une théorie (du grec theoria, « contempler, observer, examiner ») est un ensemble cohérent d’explications, de notions ou d’idées sur un sujet précis, pouvant inclure des lois et des hypothèses, induites par l’accumulation de faits provenant de l’observation, l’expérimentation.

En savoir plus sur : https://www.laculturegenerale.com/theorie-hypothese-difference/

Venons-en maintenant aux critiques plus précises et plus importantes, chapitre par chapitre…


Au Chapitre 1

Michel BALLOT écrit : P.33. « On ne peut ainsi en permanence remettre en cause tous ces rapports anciens, les témoins quoiqu’ils (sic) aient pu voir furent impressionnés, surpris, apeurés. »

Eric JOYE  : Personne ne remet en cause les rapports anciens et personne n’accuse les témoins, dans leur majorité, comme étant des menteurs ou des plaisantins, mais tout policier sait combien les témoignages sont peu fiables et ne constituent pas une preuve en eux-mêmes.

Il y revient à plusieurs reprises dans son livre, à la P.38 notamment…

Voyons ce qu’il en est des témoignages, en cryptozoologie ou dans d’autres domaines, et pourquoi ils ne sont pas le mode de preuve par excellence sur lequel pourtant Michel Ballot ne cesse de revenir en méprisant les autres types de preuves dont les analyses ADN.

Idéalement, le témoin devrait n’avoir raconté son vécu à personne, n’avoir été interrogé par personne, avant que vous n’y procédiez vous-même.

Autant dire que cette situation ne peut être qu’exceptionnelle, et elle implique que l’on soit sur place au bon moment et au bon endroit.

Il est connu que, dès qu’une personne réitère le récit de son vécu, qu’elle le fasse spontanément, ou bien parce qu’elle est poussée à le faire, elle commence à altérer le souvenir qu’elle a gardé de son vécu, de ce qu’elle a vu, entendu, senti, etc.

Plus une personne raconte un vécu, plus elle a tendance à modifier le récit qu’elle en fait, mais aussi, par rétroaction, par modifier le souvenir qu’elle en a, ce qui va entraîner un nouveau récit, qui, à son tour, etc.
C’est un peu comme dans le jeu du téléphone arabe.

Un effet notoire de ce phénomène, c’est la tendance à l’inflation du récit, qui, petit à petit, contient de plus en plus de détails, dont certains peuvent être réels, parce que l’émotion liée au vécu, au fur et à mesure qu’elle retombe, libère des souvenirs, mais le plus souvent ces détails additionnels sont (plus ou moins inconsciemment) sans rapport avec ce qui a été réellement vécu.

Ce peut être de la propre initiative du témoin (en cherchant à combler les détails qui lui manquent, souvent pour étayer ce qu’il a déjà dit), mais aussi par l’influence (plus ou moins volontaire) des tiers qui sont les témoins du récit, particulièrement par leur questionnement, et surtout par la forme de leur questionnement (critique, suspicieux, ironique, parfois même menaçant).

Cette pression sociale va amener le témoin à remodeler son témoignage afin de lui faciliter son acceptation par les tiers, de lui éviter trop de suites néfastes pour lui, à court, moyen, long terme.

Le récit pourra alors être modulé, selon l’auditoire : le cercle des proches, les connaissances, les autorités locales, la presse, les étrangers, les ennemis éventuels.

Ou bien, le récit aura été tellement sollicité, par tellement de tiers, que son émetteur en viendra à débiter un canevas standardisé, selon des critères et des intentions qui lui sont propres, auquel il adhérera lui-même, par autosuggestion, du fait des renforcements successifs.

Dans tous les cas, ne subsistera, du vécu originel, qu’un récit appauvri par certains aspects, enjolivé par d’autres côtés, et d’où le témoin ne pourra plus sortir, le voudrait-il, car cette version officielle est celle qui subsiste, y compris dans son esprit.

La situation n’est pas toujours aussi dégradée, heureusement, mais il faut également ajouter les omissions volontaires de certains aspects du vécu, parce qu’ils sont dangereux pour le témoin, à moins que certains éléments du vécu ne soient modifiés, pour la même raison.

Du fait de croyances religieuses, d’actes répréhensibles (avoir été dans une zone sacrée, ou bien interdite par les autorités locales, par exemple), d’attitudes dégradantes aux yeux des tiers (avoir fui au lieu de faire face, etc.).

Du coup, on se retrouve avec un mélange de vrai et de faux, qui peut amener l’enquêteur à chercher bien loin des lieux réels, au sujet d’évènements qui peuvent eux-mêmes avoir été travestis.

Ajoutons à cela la barrière du langage, les traductions « interprétées », la distance culturelle (certains peuples ne disent pas non, quand ils ne sont pas d’accord, mais noient le poisson, par exemple).

En plus, dans des circonstances plus usuelles, le témoignage d’un tiers est bien plus facile à faire reconnaître comme valable (donc, authentique), même pour des faits graves mais non extraordinaires, par exemple dans un constat de gendarmerie, que dans le cas de faits extraordinaires.

J’aimerais insister sur certains types de témoins :

• le témoin arrangeant, celui qui va répondre, à un questionnement, dans le sens de ce qu’il sent être ce qui fera plaisir à l’enquêteur.

  • le témoin influencé, par ce qu’il a vu (cinéma, télévision) ou bien entendu (radio, rumeur publique) ou encore lu, se rapportant à la cryptozoologie, avec le risque que sa restitution de son vécu soit, à des degrés divers, un mélange entre ses représentations liées à ses antécédents sur le sujet de la cryptozoologie, et ce qui s’est vraiment passé, devant lui.
  • Enfin, il y a le témoin intéressé, celui qui a des choses à dire, parce qu’il y voit un avantage, personnel ou bien pour sa communauté, de nature immatérielle (célébrité) ou encore matérielle (gratifications diverses).

C’est en présence de ces 2 derniers types de témoins qu’il faut rechercher les témoins de Nessie, comme nous le montrerons plus loin.
On peut prendre en compte les témoignages à condition qu’ils se recoupent à travers le temps et l’espace, ce qui n’est pas le cas en ce qui concerne Nessie…
Le problème avec Nessie, mais aussi avec d’autres cryptides comme avec d’autres types de témoignage, est l’impact médiatique, amplifié aujourd’hui par internet, dont il faut tenir compte et qui peut soit rendre suspect un témoignage soit influencer le témoin sur l’interprétation de ce qu’il rapporte avoir vu (je ne dis pas « observé »). On connaît tous ces personnes disparues que l’on voit subitement aux 4 coins du monde, une fois que leur disparition a été largement médiatisée via la presse et internet.
Entendons-nous bien, il n’est pas question d’écarter les témoignages mais de les analyser afin d’une part d’écarter les canulars et d’autre part d’y mettre au jour les méprises.

Croire en l’existence d’une chose ne fait pas que cette chose existe.
Et comme le disait Carl Sagan, « des événements extraordinaires, pour être acceptés comme réels, exigent des preuves également extraordinaires de par leur force et leur tangibilité » : le témoignage n’en fait pas partie, même s’il peut être le point de départ d’une investigation plus poussée.

Michel BALLOT : P. 35-36. « Ce sont des hypothèses de travail hypothétiques qui se voudraient généralistes, que nous ne pouvons ignorer, car elles se situent dans un contexte de décrédibilisation de toute recherche cryptozoologiques. Les zététiciens adoptent une posture sceptique devant tout phénomène qui sortirait de l’ordinaire et il n’y a pas plus beau tableau de chasse que le monstre du loch ness pour ces théoriciens qui ne croient que ce qu’ils voient. »

Eric JOYE : En général, les hypothèses sont hypothétiques.

Je ne vois pas en quoi rechercher à résoudre une énigme est une décrédibilisation de la recherche cryptozoologique. Il est au contraire bon d’adopter une attitude (plutôt qu’une posture) sceptique afin d’analyser les faits, les indices s’ils existent, à la lumière de la démarche scientifique.

Rappelons ici ce qu’est la démarche scientifique, trop ignorée par les chercheurs amateurs tant en cryptozoologie que dans d’autres domaines qui s’attaquent à des mystères.
La démarche scientifique veut que le chercheur parte TOUJOURS de l’observation des faits, rien que des faits ou des indices, puis qu’il élabore une hypothèse à partir de ceux-ci, ensuite il soumet cette hypothèse à l’expérimentation suivant un protocole établi au préalable ;  une fois expérimentation réalisée on arrive à un résultat qu’on interprète pour arriver à une conclusion qui confirme l’hypothèse de départ ou l’infirme. Si elle l’infirme c’est qu’il faut revoir l’hypothèse de départ ou, mieux, refaire l’expérimentation avec un nouveau protocole en y changeant un élément (une variable) et seulement un. Si au bout d’un certain nombre d’expérimentations l’hypothèse de départ n’est pas confirmée, c’est qu’il faut changer d’hypothèse et recommencer le processus à partir de cette nouvelle hypothèse.

Bien sûr une conclusion peut toujours être remise en question par la découverte de nouveaux faits, de nouvelles études par des moyens nouveaux, etc… C’est comme cela qu’avance la science.

Or pour le moment l’hypothèse de l’espèce inconnue n’est en rien confirmée ni par les faits, ni par les études du lac. D’ailleurs Shine l’a aussi abandonnée.

Resté coincé aujourd’hui sur l’hypothèse de l’animal inconnu n’est plus de la science mais de la croyance. Et la cryptozoologie n’est pas une religion que je sache.

Ainsi, dans le cas de la police technique et scientifique l’enquête démarre souvent à partir de témoignages. Ceux-ci sont analysés, recoupés entre eux et on tente toujours de les confronter à des données factuelles : empreintes digitales, ADN, objets présents sur les lieux du crime ou du délit présumé, et s’il y a un cadavre sur la manière avec laquelle la victime est morte afin de déterminer s’il s’agit d’un accident, d’un suicide ou d’un meurtre.

Soit le (les) témoignage est alors rejeté en raison des éléments matériels découverts sur les lieux ou d’éléments issus de l’autopsie (s’il y a cadavre) avec lesquels il entre en contradiction, soit il est nuancé en raison de l’endroit où se trouvait le témoin ou des conditions climatiques ou environnementales par exemple, soit il est retenu car en accord avec les éléments matériels ou avec d’autres témoignages indépendants, d’autant plus important si les témoins ne se connaissent pas ou n’ont pas pu se rencontrer. C’est pour cela que les témoins sont interrogés séparément afin qu’ils ne puissent consciemment ou inconsciemment s’influencer mutuellement.

En résumé, la plupart du temps la cryptozoologie tient plus de l’enquête judiciaire ou du journalisme d’investigation que de la zoologie.

M.B : P.38.  « Nicholas Witchell a pu rencontrer en 1971 certainement le premier témoin du XX° siècle à avoir vu l’animal sur la terre ferme, Madame Margaret Cameron. Lorsqu’elle était petite fille, en l9l9, elle jouait avec d’autres camarades sur la plage de galets d’lnchnacardoch. A cette époque, la légende du kelpie, le cheval sauvage qui enlevait les gens pour les attirer au fond du loch était encore très présente, mais à leur grande surprise, un énorme animal surgit des fourrés avoisinants : << cette énorme chose est apparue, a commencé à descendre de la plage vers l’eau, elle venait en face de nous, je ne pouvais pas dire si elle avait un long cou ou court. Elle avait un corps immense et ses mouvements étaient comme ceux de la chenille, je dirais qu’elle avait bien 7 mètres de long. Dessous, nous avons vu deux pattes courtes et rondes, et ça se balançait et penchait d’un cote’, et puis ensuite la bête a mis un pied dans l’eau, et puis un autre ».

Margaret Cameron fait aussi référence a la couleur comme celle de l’éléphant bien qu’elle n’en a jamais vu. Une fois de plus, le témoin fait référence à un animal connu tant au niveau de sa grosseur que de sa couleur, qu’il différencie bien de la faune »

E.J : Un animal connu ? Sans doute, mais pas du témoin qui n’en a jamais vu ! Cet élément est important.
La façon de se déplacer de l’animal observé par Margaret Cameron est typique des pinnipèdes.
Quant à l’estimation de la taille de l’animal, elle est sans doute fort exagérée : n’oublions pas que Cameron était alors enfant et que même un gros phoque gris de quelque 3,30 m paraîtrait monstrueux à un enfant.
On peut aussi penser que Cameron a été influencée ( le fameux témoin influencé exposé plus haut), sans doute inconsciemment, par le récit des Spicer (nous y reviendrons), qui fut largement médiatisé en 1933, quand elle relate son histoire à Witchell et donc elle procède ainsi à un réajustement de ses souvenirs : n’oublions pas que l’événement qu’elle relate a eu lieu 52 ans plus tôt
 !

M.B : P.37. « On s’est posé la question de savoir comment le plongeur avait pu voir avec autant de netteté un animal à une telle profondeur alors que l’on sait que la visibilité est extrêmement faible. Il est possible qu’à cet endroit précis la vision était possible tout simplement. »

E.J : Voilà une bonne question ! Mais par quel effet du hasard ou de l’hydrologie la visibilité à cet endroit aurait justement été meilleure ?
Est-ce que Michel Ballot a vérifié son hypothèse ? Et dans le cas où effectivement l’eau y aurait été plus claire, en a-t-il trouvé une explication ?
Salamandre, énorme grenouille de la taille d’une chèvre, plésiosaure, otarie à long cou, etc… ça fait beaucoup d’espèces de « Nessie » pour un lac qui ne fait que 38 km de long !

M.B : P. 45-46 : « On a souvent objecté à tous ces témoignages dits (sic) anciens, que des éléments exogènes seraient venus « troubler » les dites descriptions au motif qu’elles ont été calquées sur un événement cinématographiques et une œuvre littéraire majeurs [..] comme King Kong de 1933 ou le Monde Perdu de 1925, auraient pu influencer les témoignages au loch Ness. Je n’y crois pas du tout, la zone des Highlands au début du siècle dernier était encore très refermée sur elle-même et ne recevaient pas les informations aussi rapidement que dans les grandes villes américaines ou européennes. »

E.J : Ce dernier argument est totalement faux !

Situé dans le centre-ville d’Inverness, capitale de Highlands, le Central Hall Picture House (63 Academy Street, Inverness) a été ouvert en 1912 par l’Inverness Picture House Ltd. pouvant accueillir 1 100 clients. Il avait une avant-scène de 28 pieds (8 m) de large. En 1931, suite à la destruction par un incendie du Théâtre Royal, la salle centrale est convertie en théâtre. Il a été rebaptisé Empire Theatre le 17 septembre 1934 lorsque Harry Lauder était l’attraction vedette.

En 1953, selon le Kinematograph Year Book, le cinéma était regroupé dans le circuit Caledonian Associated Cinemas Ltd., et le nombre de places avait légèrement diminué au nombre de 1 015.

Au milieu des années 1960, l’Empire Theatre pouvait être fermé pendant des semaines, à l’exception de l’organisation des combats de lutte occasionnels les mardis ou jeudis.

Le théâtre a fermé ses portes en 1970 et a été démoli. En juin 2016, un Pentahotel se tenait sur le site. (https://www.facebook.com/407644239395508/posts/the-central-hall-picture-house-on-academy-street-it-opened-in-1912-with-a-seatin/1225182080975049/)

Le Playhouse, près de la jonction d’Academy Street et d’Eastgate, occupe une place particulière au cœur de nombreux Invernessiens.

Le cinéma, conçu par les architectes R. Carruthers Ballantyne et Taylor, a ouvert ses portes le 7 décembre 1929 pour la Highland Cinema Company Ltd.

Il était grand et luxueux, pouvant accueillir plus de 1 400 personnes et doté d’un arc de scène de près de 37 pieds (11,3 m) de large.
Il a brûlé en 1972.

Il y avait aussi un autre cinéma, La Scala, qui a ouvert en 1913. Il était l’un des premiers cinémas construits à cet effet dans la région. Conçu à l’origine par Alexander Ross et son fils pour accueillir 1.000 personnes dans un auditorium avec une avant-scène de 34 pieds (10 m) de large, il avait un intérieur plutôt grandiose, comprenant un grand salon de thé, et comportait également une « salle d’écriture » pour les dames.

Conclusion : Avec 3 cinémas, la vie culturelle à Inverness était loin d’être inexistante avant-guerre ! Une recherche sur Internet par Michel Ballot aurait pu lui permettre de trouver en moins de 5 minutes ces informations.
(
http://www.arthurlloyd.co.uk/InvernessTheatres.htm)

Concernant les films « King Kong » (1933) et «Le Monde Perdu » (1925) maintenant.

Nous avons vu que la vie culturelle dans les Highlands dans l’entre-deux-guerres était loin d’être sous-développée et on peut raisonnablement émettre l’idée que « Le Monde Perdu » y a été projeté lors de sa diffusion dans le Royaume-Uni.
Le film King Kong a été projeté pour la première fois à Londres le 10 avril 1933, quatre jours seulement avant qu’Aldie Mackay n’aperçoive les « perturbations » sur le Loch Ness.

Le film a été un succès instantané au box-office : « Des milliers de personnes sont refoulées de Kong », a rapporté le « Daily Express » de Trafalgar Square.

Alors que l’idée de la présence d’un « monstre effrayant » au Loch Ness commençait à percoler petit-à-petit dans le public, le périodique « The Scotsman » s’émerveillait du succès de King Kong, car le film donnait aux spectateurs l’impression, relate le périodique, que ces monstres venaient d’émerger de la boue primitive et créait une illusion viscéralement crédible de « monstres préhistoriques » en contact avec le monde de l’époque.

Ces deux facteurs corrélés – l’observation par les Mackay et la diffusion de « King Kong » – ont rapidement inspiré le rapport sur une observation de Nessie le plus influent de tous les temps.

Le 4 août, l’Inverness Courier publie une étonnante lettre d’un Londonien du nom de George Spicer :

« J’ai vu ce qui se rapproche le plus d’un dragon ou d’un animal préhistorique de ce que j’ai jamais vu de ma vie. Il a traversé la route à une cinquantaine de mètres de moi et semblait transporter un petit agneau ou un autre animal. Il semblait avoir un long cou qui montait et descendait, à la manière des montagnes russes dans un parc d’attraction, et le corps était assez imposant, et son dos était haut placé. (George Spicer, lettre à l’éditeur, Inverness Courier, 3 août 1933)

Ce récit semble décrire un dinosaure qui se baladerait sur une route de l’Écosse moderne.

Comme l’explique Adrian Shine, « Il n’y avait aucune trace d’observations d’une créature au long cou avant que la rencontre des Spicers sur la terre ferme n’établisse un premier lien avec les plésiosaures. » (Brillance, « Loch Ness », 9)

Alors que les quelques témoins précédents avaient signalé de simples remous ou bosses dans l’eau, Spicer a déclaré avoir fait une observation à courte distance d’une créature au long cou qui aurait pu se retrouver sur l’île du Crâne du film « King Kong ».

Ainsi parmi les scènes les plus mémorables de « King Kong », il y a cette agression nocturne par un monstre aquatique au long cou.

 

Dans cette séquence on voit les passagers du radeau Venture traverser un lac enveloppé de brouillard à la poursuite de l’héroïne enlevée par Kong. Tout à coup quelque chose d’inquiétant s’agite dans l’eau. Un cou sombre en forme de cygne sort de l’eau puis s’éloigne en glissant.
Les hommes regardent à travers le brouillard dense, quand soudain le cou menaçant sort de l’obscurité. Le radeau est renversé en précipitant les passagers dans le lac.

Dans une série de plans dramatiques, l’énorme animal ressemblant à un plésiosaure s’empare des malheureux et les massacre.
On remarquera au passage que cette créature – avec son dos arrondi, son cou arqué et sa petite tête – est essentiellement identique au Nessie populaire ressemblant à un plésiosaure qui semble tout droit sorti du récit de Spicer.

Mais reprenons…. Alors que les survivants du Venture se précipitent vers la sécurité du rivage, la terrible vérité apparaît : la créature n’est pas un plésiosaure, animal aquatique, mais un sauropode ressemblant à un Diplodocus !
Le monstre poursuit les hommes sur la terre ferme et…, à ce stade, l’observation de Spicer se précise brusquement. Dans sa description et son croquis, Spicer a presque exactement recréé cette scène de « King Kong ». La créature de Spicer a traversé la route de gauche à droite, tout comme le Sauropode sur la terre ferme traverse l’écran.

Alors que la bête de Spicer « traversait la route, nous pouvions voir un très long cou qui montait et descendait rapidement en faisant des arches… le corps est alors apparu » ; pour sa part, le cou quelque peu invraisemblable du dinosaure du film apparaît en premier lieu, suivi de son énorme corps.

La créature du film donne l’impression d’avoir une peau grise, semblable à celle d’un éléphant ; Spicer décrit sa créature comme ayant une peau grise, « comme un éléphant sale ou un rhinocéros. C’était assez gros pour être capable de renverser notre voiture…. J’ai estimé la longueur de la créature à environ 25 à 30 pieds (7,5 m à 9 m). »

Quelques autres détails rendent notre analyse convaincante.

Dans le film, pour des raisons techniques les pattes du sauropode ne sont pas visibles et sont cachées par des buissons ou un brouillard épais. De même, dans la version de Spicer, « Nous n’avons vu aucune patte. »
Le sauropode du film est montré avec sa queue repliée de l’autre côté du corps et donc invisible des spectateurs. Selon la description de Spicer : « je pense que sa queue était recourbée sur l’autre flanc et hors de notre vue. »

La similitude dans la description des deux créatures est donc particulièrement frappante.

Enfin, il y a un autre détail troublant dans la lettre que Spicer envoie à l’Inverness Courier où il précise que le monstre « semblait porter un petit agneau ou à un animal quelconque.« 

A première vue, cela semble être une description directe du dernier plan de la scène du sauropode dans « King Kong » : atteignant un arbre, le dinosaure attrape un des hommes survivants dans sa gueule et le secoue. Dans ce qui correspond encore une fois exactement au croquis de Spicer, l’homme condamné ressemble exactement à un « petit agneau ou à un animal quelconque » dans la gueule du monstre !  (Loxton, & Prothero, 2013)

Au Chapitre 2

M.B : P.50  « Il aura fallu le témoignage de l’un des personnages qui participa à la publication de ces photos, avouant publiquement la supercherie pour que le porte-drapeau des mystères liés aux Highlands s’effondre et la cryptozoologie en même temps. »

E.J : Encore une fois, la Cryptozoologie n’est pas la discipline scientifique qui doit prouver à tout prix l’existence d’une espèce animale inconnue derrière toute énigme zoologique, mais de résoudre cette énigme quel qu’en soit le résultat final.

« Nous avons lors du chapitre précédent examiné avec attention tous les témoignages parmi les plus anciens et il nous apparaît que ceux-ci ne peuvent être écartés. Ils sont la mémoire du loch, originels et venant d’une population qui n’avait aucun intérêt à ce que leur région devienne une attraction mondiale.

E.J : Il n’est pas question d’écarter les témoignages mais de les analyser sérieusement afin d’écarter les canulars et d’y mettre au jour les méprises, incohérences, etc…comme je l’ai montré plus haut.

Photo de Nessie (Photo K. Wilson)

M.B : P.51 « Les instigateurs du soi-disant plus célèbre canular de la zoologie ne se sont certainement pas doutés au début des années 1930 que le projet qu’ils avaient fomenté, s’il est vrai, devait se révéler encore de nos jours sujet à discussions quant à la véracité de la plus célèbre photo attribuée au monstre. Tous ces acteurs sont morts et on a bien trop vite spéculé sur la non authenticité de deux de ces clichés, sur le seul témoignage d’un des leurs, soixante ans plus tard. »

 et (p.65) « On ne cesse de dire aujourd’hui que c’est un canular monté de toutes pièces, mais pour le savoir, il faudrait reconstituer ce puzzle ce qui reste malheureusement une impossibilité puisque tous les intervenants sont désormais décédés. »

E.J : On peut aussi s’informer et voir ce que l’entourage des protagonistes et ceux-ci, Marmaduke Wetherell et R.Kenneth Wilson en tête, disent de ces photos. Tous, à un moment ou un autre, avouent qu’il s’agit d’un canular et s’étonnent que celui-ci ait pris tant d’ampleur. (LOXTON & PROTHERO, 2013)
Cependant, si on doute encore qu’il s’agit d’un canular on peut reconstituer l’expérience et voir si cela tient la route en se basant sur ce qui en a été dit. Bien sûr, il faut la reconstituer avec les mêmes matériaux, au même endroit et dans les mêmes conditions météorologiques et utiliser le même matériel que dit avoir utilisé l’auteur des clichés, quel qu’il soit.

M.B : P86. « Nous sommes donc certain qu’il ne faudra pas compter sur cette célèbre revue de vulgarisation scientifique pour démontrer l‘existence d’une espèce animale inconnue dans les eaux du loch. Qu’elle se contente donc d’estimer qu’il s’agit d’une légende divertissante, ce qui heureusement n’est pas l’avis de bon nombre de chercheurs sérieux et de revues qui essaient de comprendre, d” analyser, d’échanger, sans pour autant jeter sur le papier des conclusions qui ne font que décrédibiliser le travail de chercheurs qui travaillent à charge et à décharge, mais aussi de ces centaines de témoins qui au cours des décennies ont vu, aperçu ou bien cru penser voir quelque chose d’extraordinaire dans le loch, cet extraordinaire qui fait partie du rêve que l’on n’a pas le droit d’enlever. »

E.J : Il ne s’agit pas de démontrer l’existence d’une espèce animale inconnue, mais de résoudre l’énigme du phénomène du Monstre du loch Ness.

M.B : P 87. « Sur l’image de la tête en forme de gargouille, bien que la majorité des auteurs pensent qu’il s’agisse d’une souche d’arbre surprenante quant à une possible ressemblance à une tête de dragon des mers, il y a des faisceaux de coïncidences qui permettent de penser qu’il ne s’agit pas de la tête d’un animal en particulier la même photo très très ressemblante prise de nombreuses années plus tard au même endroit se révélant être une souche. Là encore soyons prudents, il y a des faits qui paraissent pertinents, mais laissons aussi la part de mystère autour de cette tête de gargouille vraiment impressionnante. Par contre, ce que Par contre, ce que l‘on voit sur l’image à 7,62 mètres de distance de la caméra, estimé à une longueur de 5,50 mètres (la plus intéressante), et qui ne cessera de faire débat, représenterait ce qui a été présenté comme un corps avec un long cou photographié à 4 heures et 32 minutes, le 20 juin 1975. Malgré tout, le fait que ce cadre très lourd ait été déplacé, avec son système de prise de vue, prouve très certainement le passage d’un animal d’une masse corporelle importante.

L’on voit sur l’image à 7,62 mètres de distance de la caméra, estimé à une longueur de 5,50 mètres (la plus intéressante), et qui ne cessera de faire débat, représenterait ce qui a été présenté comme un corps avec un long cou photographié à 4 heures et 32 minutes, le 20 juin 1975. Malgré tout, le fait que ce cadre très lourd ait été déplacé, avec son système de prise de vue, prouve très certainement le passage d’un animal d’une masse corporelle importante. »

E.J : Concernant les différentes photos de Rines (la tête de gargouille, la nageoire losangique, etc) qui prétendent montrer Nessie, le travail d’analyse a été effectué, et démontre qu’il s’agit de méprises, voire de manipulations de ces photos. (Harmsworth, 2012). En ce qui concerne cette « tête de gargouille » il s’agit d’une souche d’arbre immergée.

M.B : p. 91. « Ce qui est intéressant dans son exposé, c’est qu’il n’est affirmatif sur aucune hypothèse, car toutes doivent être vérifiables et surtout il évoque 45 ans plus tôt l’hypothèse de l‘anguille géante qui décrédibilisa une fois de plus en 2019 l’idée romantique du monstre, car un scientifique néo-zélandais, grâce à la technique de l’ADN environnemental, tenta avec le succès médiatique que l’on connaît de démontrer que le monstre n’était qu’une grande anguille. Nous sommes avec cette affirmation soutenue par les techniques nouvelles de recherche de nouvelles espèces dans la suite logique de la déconsidération historique de tous les témoignages anciens ainsi que de toutes les hypothèses plausibles. »

E.J : Les faits sont là ! Aucun des échantillons d’eau puisés dans le loch Ness et analysés par le généticien néo-zélandais Gemmel ne montre la présence d’un ADN provenant d’une espèce inconnue. N’oublions pas que l’eau est continuellement brassée par des vents en surface et des courants subaquatiques et que donc s’il y avait effectivement une espèce inconnue, elle serait repérée dans les échantillons d’autant qu’il faudrait un nombre suffisant d’individus pour en assurer la pérennité, ce qui augmenterait les chances de trouver de l’ADN dans les échantillons.

M.B : p.96 « La période des années soixante-dix reste aussi importante que celle des années trente, faste, avec ce parfum de mystère, d’aventures, de rebondissements, propres aux grandes explorations qui engendrent tant de questions non résolues. C’est un peu ce qui manque aux expéditions actuelles où la technologie tend à effacer la véritable aventure humaine. »

E.J : Non, la technologie apporte un plus dans les recherches actuelles.
Mais que veut-on ? Partir pour une aventure romanesque utopique à la poursuite d’un hypothétique et illusoire dinosaure dans les jungles africaines dans la nostalgie des expéditions du 19e siècle ou résoudre une énigme scientifique et zoologique ?

Au Chapitre 3

M.B : p.106 « Aurions-nous avec ces contacts sonars, situés proches du fond du loch, une nouvelle interprétation sur le mode de vie, de déplacement, d’alimentation de cette mystérieuse espèce et un début de réponse sur le fait qu’elle n’apparaît finalement que très peu en surface. »

E.J : Les rapports des résultats des échos-sonar lors de l’Opération Deepscan en 1987 et leurs interprétations publiés par les experts ignorent, alors qu’on ne peut en faire l’impasse, la présence du système de prise de vue (caméra + stroboscope) suspendu au bateau Nan et de son système d’amarrage, ainsi que de la nature mobile en rotation du sonar et de la caméra. De ce fait aucune preuve présentée ne lie le moment de l’événement sonar au temps de l’événement photographique : aucune corrélation entre les photos et les échos-sonar ne peut donc être établie. (Harmsworth, 2012)

Au Chapitre 4

M.B : p.113 « Mais comme nous l’avons démontré avec la célèbre photo de 1934, toute photo considérée comme un canular laisse toujours la place à des interprétations qui parfois remettent en question leur véritable contexte. Burton restera un chercheur interrogateur assidu qui eût (sic) au moins l‘audace de proposer un certain nombre d’hypothèses : des loutres, des morses, des plésiosaures, et surtout bien avant l’heure, bien avant l‘inutile médiatisation des travaux de Neil Gemmel au XXI° siècle, qui n’apportèrent rien de nouveau : l’hypothèse de l’anguille géante. »

E.J : Le but n’est pas d’apporter quelque chose de nouveau mais de confirmer ou d’infirmer une hypothèse, comme dans toute démarche scientifique.

M.B : P. 114. « Ce que l’on sait à l’époque c’est que d’après les techniciens de la maison Kodak, aucun trucage n’a été réalisé, et si comme on l’a trop souvent affirmé ce cliché représentait un labrador tenant un morceau de bois, je pense que les techniciens de Kodak auraient repéré facilement le subterfuge. »

Ce n’est pas parce qu’il n’y a aucun trucage que la photo, par ailleurs floue, ne représente pas ce qu’elle semble représenter : un labrador nageant ou peut-être une paréidolie. De même ce n’est pas une garantie qu’on ne peut pas la faire passer pour ce qu’elle n’est pas : Nessie.

Au Chapitre 5

M.B : P. 129. « L’opération Deepscan a enregistré il y a quelques années seulement trois échos sonar ; alors que la technique utilisée (balayage du loch par une flottille) ne pouvait rien laisser passer a priori : si même il s’agit de monstres, trois individus ne font pas une population. »

E.J : C’est exact que 3 individus ne font pas une population, de Nessies ou de quoi que ce soit.

M.B : P.130. « À ce propos, le rapport Deepscan précise que malgré de faibles productivités, il est clair que le loch Ness pourrait soutenir des prédateurs de poissons résidents ou migrateurs ; les saumons avant le frai par exemple représentant un bonus pour la chaîne alimentaire. »

E.J : En oubliant que la présence de saumons n’est que périodique et ne peut satisfaire durant toute une année la subsistance d’animaux de (très) grande taille.

M.B : P.131 « Son étude analytique (François Colin) montre qu’outre la grande quantité de truites qui peuvent atteindre 1 mètre de longueur, d’ombles chevaliers vivant entre moins 200 mètres et le fond du lac et qui peut atteindre 80 centimètres, des brochets moins nombreux mais pouvant dépasser 1,50 mètre, des centaines d’anguilles qui peuvent atteindre 1,50 mètre, des saumons présents en grande quantité et pouvant atteindre 1,50 mètre, des esturgeons qui remontent en eau douce (espèce pouvant mesurer jusqu’à 3 mètres et montant parfois en surface) et sans oublier les flets, poissons marins plats qui eux aussi remontent en eau douce et pouvant mesurer 50 centimètres, on peut affirmer sans trop se tromper qu’il y a de quoi, manger dans le loch Ness. »

E.J : En ce qui concerne les esturgeons, aucun n’a jamais été repéré et pêché dans le loch Ness.
Le problème est que Colin (dont je n’ai jamais entendu parler) dans son affirmation n’y donne aucune donnée concernant la masse de chacune de ces espèces qu’il cite dans le lac. Donc, c’est une affirmation gratuite non-étayée.

En effet, le flet (Platichthys flesus) peut aussi bien vivre en mer que dans les eaux saumâtres des estuaires ou en eau douce. De manière générale, il passe l’été et l’automne en eau saumâtre, dans les estuaires, et rejoint la mer l’hiver, en quête d’eaux plus chaudes. Il lui arrive de remonter les cours d’eau jusque loin dans les terres. Il est ainsi déjà arrivé d’en observer dans l’Allier, dans le centre de la France.

M.B : P. 132. « Le chercheur Roland Watson a fait une étude approfondie sur la biomasse du loch en prenant en compte le nombre d’espèces pouvant nourrir une population d’un super prédateur. On a trop souvent écrit que le loch était un lac oligotrophe, c’est-à-dire pauvre en éléments nutritifs. Faux comme a pu déjà le démontrer, François Colin et comme le démontre Roland Watson.

En effet, selon son étude avec des prévisions à minima, 1’omble chevalier produirait 17 tonnes, les anguilles 50 tonnes, les saumons 82 tonnes, la truite de mer 20 tonnes. Se basant sur une moyenne de 177 tonnes et en estimant une population de dix-neuf animaux, on arrive à 34 tonnes alors que la moyenne alimentaire serait de 57 tonnes. Voilà au moins des chiffres, des estimations, sur une théorie que combattent les détracteurs pour affirmer que le loch ne peut nourrir une population de grands animaux. Il convient que les deux théories << pour ›› et << contre ›› possèdent des arguments, mais les conclusions ne sont que relatives. On ne peut raisonnablement exclure que le loch soit suffisamment poissonneux pour nourrir une grande espèce qui n’est ni une anguille géante, ni même esturgeons et silures ou d’autres théories hypothétiques à venir. Il faut arrêter avec des affirmations qui ont comme seul dénominateur commun le manque de biomasse, ne connaissant pas les besoins alimentaires des mystérieux habitants du loch.

Sur l’étude de la biomasse, se basant sur les études de Thomas Mehner et de Roland Watson, le chercheur Steven G. Plambeck estime que le rapport médian de la biomasse prédateur-proie étant de 0,321, la biomasse des populations des lacs piscivores serait en moyenne d’un tiers de la masse de proies disponibles.

En utilisant la valeur de 177 tonnes de Watson et celle de 0,321 de Mehner, il y aurait donc suffisamment de nourriture pour soutenir une population de soixante-seize prédateurs de trois quarts de tonnes. Cette hypothèse serait appliquée dans le cas où les animaux inconnus du loch Ness seraient de type salamandre géante (une hypothèse souvent retenue). » 

E.J. : Où se trouvent ces études que Michel cite et qui sont censées aller à l’encontre des études qui montrent que le lac n’a pas une biomasse suffisante pour nourrir une population minimale de  « monstres » ?

Au Chapitre 6

M.B : p.138-139-140 : Benoît Grison en tant que sceptique explique que ces confusions peuvent être la cause de deux facteurs : le mirage optique et l’animal marin : << il est clair, ainsi que l ‘envisage Waldemar Lehn, que son modèle de mirage suscité par inversion thermique s’applique très bien au contexte climatique du lac écossais et d ‘un certain nombre d ‘autres lacs. On peut obtenir alors des distorsions : agrandissements spectaculaires d ‘objets tels que des troncs d ‘arbres, ou bien d’animaux banals ››. Certains auteurs estiment que certains relevés sonars sont faussés à cause du phénomène dit de la thermocline qui est une couche écho mince qui représente un changement abrupt de densité entre les eaux chaudes et froides et qui est en perpétuel mouvement.

Selon le chercheur Adrian Shine, « l’illusion ne se limite pas à la surface, la houle de millions de tonnes d ‘eau crée des vagues turbulentes dans la thermocline, hautes de 40 mètres, qui avancent majestueusement à 1 kilomètre à l’heure. Bien qu’invisibles à la surface, elles se dessinent clairement sur les graphiques écho-sondeurs. Elles renvoient et réfractent les faisceaux sonar ; surtout les ondes horizontales, dans un mirage sous-marin ››.

Il s’agit en réalité d’informations complémentaires qu’on ne peut ignorer. Elles font partie du paysage comme dans toute enquête cryptozoologique, mais en faire une théorie à part entière me semble très exagéré.

Deux théories viennent d’emblée contredire tous les témoignages connus et recensés. Une thèse liée à la culture, au folklore, à l’imagination, et une thèse liée aux phénomènes naturels qui transforment un témoignage en monstre.

Cette dernière hypothèse est celle souvent avancée pour justifier certaines apparitions. Le journal « Le Monde » titrait le 23 septembre 1982 à ce sujet : Pinus sylvetris (sic), un bois dont on fait les monstres. Cette thèse fut présentée dans l’hebdomadaire scientifique britannique New Scientist par Robert P. Craig, ingénieur électromécanicien. Sa théorie simpliste repose sur le fait que les observations sont dues à l’apparition de souches d’arbres flottant à la surface du loch. S’appuyant sur une analyse géographique des lacs écossais qui sont quand même au nombre de 500, il constate que les lacs à monstres se comptent sur les doigts d’une seule main, en l’occurrence trois : le loch Ness, le loch Morar et le loch Tay, affirmation erronée, car il est admis que nombre d’autres lacs ont été l’objet d’observations.

Les trois lacs << suspects ›› auraient en commun sur leurs rives un nombre important de pins écossais, le Pinus sylvestris alors que sur le loch Lomond, où aucun témoignage n’a été recensé, ces arbres ont disparu. Craig en déduit donc que lorsque le tronc d’arbre tombe dans le loch, il se gorge d’eau et coule très profondément sur une profondeur comprise entre 150 et 300 mètres.

Après un laps de temps difficile à évaluer, se formerait sur le tronc, grâce au processus de dégradation et de fermentation, des poches étanches de résine, de goudrons, de gaz, arrachant ainsi la souche des profondeurs, de la vase l’entourant, et la ramenant jusqu’à la surface de l’eau. Processus naturel qui fait dire au chercheur qu’<< une fois la souche arrivée à la surface, ne reste que très peu de temps, la pression exercée par l ‘eau faiblissant au cours de la montée, les vésicules de gaz qui avaient permis à la souche de s ‘arracher à la vase explosent et n ‘assurent bientôt plus la flottabilité de l’ensemble ››.Cette hypothèse ne peut tenir face aux milliers de témoignages oculaires souvent détaillés reprenant dans un dénominateur commun les éléments bien connus que sont la présence d’un long cou, d’un corps massif avec des bosses sur le dos et surtout un déplacement souvent rapide, ce dernier point essentiel contredisant et n’accréditant en aucune manière la théorie de Graig.
Les chercheurs Razdan et Kielar privilégient aussi cette thèse en expliquant que des bûcherons travaillant pour les chantiers de construction de bateaux qui existaient jadis sur les bords du loch auraient abandonné sur la rive des troncs de pins résineux. Dans ce cas précis d’explication, ce n’est pas la chute des arbres, naturelle, dans le loch, mais le fait de les avoir abandonnés.

Hypothèse une fois de plus d’une simplicité qui se sert d’un phénomène naturel pour en tirer des conclusions de forme sur un phénomène naturel ponctuel. »

E.J : Nous avons dit plus haut que la forme « plésiosauride » n’apparaît dans les témoignages que depuis 1934, témoignages qui ont donc été fortement influencés par les films « Le monde perdu » et « King Kong ».
Donc l’hypothèse de Graig, Razdan et Kielar tient totalement la route. On peut tout à fait envisager que des pins aient été abandonnés, notamment lors de la construction de la route A 82, au nord du lac,  mais aussi qu’il y en ait qui y soient tombés naturellement.
De même nous avons déjà évoqué la fragilité des témoignages oculaires sur lequel Michel Ballot ne cesse de nous ramener comme si c’était le seul élément crédible à prendre en compte.
Cela dit, je ne saisis pas ce que veut nous faire comprendre Michel Ballot dans la phrase citée plus haut « Hypothèse une fois de plus d’une simplicité qui se sert d’un phénomène naturel pour en tirer des conclusions de forme sur un phénomène naturel ponctuel. ».

« Avec ce cas particulier du Pinus sylvetris (re-sic) on tend à décrédibiliser les investigations des naturalistes soutenant l’hypothèse d’une forme vivante inconnue dans le loch. On avance une théorie, on en détruit d’autres, à chacun son heure de gloire scientifique en faisant fi du seul dénominateur commun crédible encore de nos jours : le témoignage oculaire.

On peut rapprocher ces travaux à ceux de certains sociologues des sciences, comme Michel Meurger, travaux selon lesquels toutes ces espèces dites inconnues ne seraient pas des êtres naturels mais plutôt des mythes et des créations de l’esprit humain, n’ayant aucun rapport avec la zoologie mais plutôt avec les sciences sociales.

L’essayiste bien connu des milieux cryptozoologiques s’appuie sur l’importance des représentations traditionnelles des cultures anciennes pour les transposer dans notre monde actuel.

Ce qui est remarquable c’est que l’on veut par la science et par la sociologie démonter tout un pan de l’histoire du loch Ness.  »

E.J : Et qu’utiliser d’autre que la science pour résoudre une énigme ? Et quand on ne parvient à dégager aucun élément matériel et concret, il faut bien se rabattre sur les sciences humaines pour expliquer un phénomène.

« L’identification d’une espèce inconnue est très complexe, car basée sur les principes des très officielles institutions zoologiques. »

E.J : On voudrait se baser sur quels principes et d’ailleurs quels sont ces principes des très officielles institutions zoologiques ?

Au Chapitre 7

M.B : p.146 Chacune des hypothèses qui ont été émises au cours des décennies ont à elles seules un unique dénominateur commun : celui lié au mode d’alimentation de l’espèce que nous recherchons.

À titre liminaire je pense que cette espèce est encore inconnue de la science et il me paraît trop facile de l’assimiler à quelque chose de connu de la zoologie ou de tout simplement liée à des phénomènes météo, voire les deux cumulés. Certains auteurs comme Stewart Campbell estiment qu’il n’y a aucune possibilité que cette espèce puisse vivre dans ce loch. Le biologiste Benoît Grison pense qu’il faut associer, combiner physique de l’atmosphère et zoologie en expliquant par exemple la présence du phoque gris (Phoco vitulina) (sic !) dans le loch.  […]

À côté de ces hypothèses bien peu convaincantes, il y en a certaines qui se révèlent parfaitement farfelues : trompe d’un éléphant de cirque en fuite, mines de la Première Guerre mondiale… »

E.J : Si certaines de ces hypothèses sont en effet peu convaincantes ou farfelues, les entrées de phoques gris et communs, les phénomènes aquatiques et atmosphériques résultant de la présence d’une thermocline au sein du lac et même la traversée de cerfs (attestées aussi) sont loin de devoir être rejetées au profit de l’hypothèse non moins farfelue d’une otarie à long cou d’espèce inconnue, hypothèse qui succède à l’hypothèse du plésiosaure relique.
Cette hypothèse, celle de l’otarie à long cou, vers laquelle tend tout le livre est une des moins probables pour le simple argument que TOUS les pinnipèdes, sans exception, vivent en troupes et surtout se retrouvent sur la terre ferme en période de reproduction, or personne n’a jamais vu une troupe de « Nessies » sur les rives du loch Ness. Pour moi, c’est peut-être l’argument le plus solide contre cette hypothèse.

M.B : P. 147. « Ma conviction de naturaliste de terrain m’amène à penser qu’une espèce encore inconnue de la science habite le loch Ness, mais aussi bien d’autres lacs de l’hémisphère nord de l’Europe et du Canada. L’animal serait discret, aux mœurs nocturnes car vivant dans des eaux opaques et ne connaissant pas véritablement son identité. La critique concernant la théorie de la survivance de grands animaux pour cause de manque de nourriture (ce qui est faux et nous l’avons démontré) ne tient pas. Il a été démontré qu’au loch Morar, autre lac à monstres où il a été recensé d’incroyables témoignages, un super prédateur pourrait survivre grâce à la venue en masse chaque année, d’anguilles, d’ombles chevaliers, de truites de rivière et de saumons. »

E.J : Ce que Michel ne dit pas est que le loch Morar est un lac qui a + – la moitié de la longueur du loch Ness (17 km) et que ses eaux sont claires, au contraire de celles du loch Ness. Donc des «monstres » y seraient plus aisément observables.

« Il me paraît essentiel de noter que plus nous passons d’années à élucider ce mystère, plus il semblerait que nous nous rapprochions vers un noyau dur d’hypothèses qui furent durant toutes ces années monopolisées par l’opposition entre un mammifère à long cou et un reptile de type plésiosaure. »

E.J : Là je suis d’accord. Mais j’ajouterais que l’hypothèse de plésiosaure ne tenant pas la route puisque celui-ci a disparu il y a quelque 65 millions d’années et vivait dans des mers chaudes, alors que le loch Ness n’a que 10.000 ans et est un lac d’eau douce froid, il fallait lui trouver un remplaçant plausible, d’où l’invention de l’otarie à long cou, le Grand-Serpent-de-Mer devenant par la même occasion le Monstre du loch Ness par une espèce de convergence évolutive, avec comme argument qu’il existe des espèces de phoques d’eau douce, comme c’est le cas au lac Baïkal en Sibérie.
On a vu plus haut que cette hypothèse ne tient pas la route devant les faits.

M.B : P. 148 :  « 250 échantillons furent collectés, 500 millions de séquences génétiques, deux années de travail, pour annoncer que de l°ADN d’anguille avait été retrouvé presque partout, mais sans pouvoir estimer les tailles. Comme ce résultat est d’une affligeante banalité, il fallait bien rajouter qu’il pouvait y avoir des anguilles géantes. L’initiateur de ce projet médiatiquement bien préparé se nomme Neil Gemmell, professeur de génétique à l’université d’Otago en Nouvelle-Zélande. Il y a dans l’attitude de ce chercheur l‘arrogance de la victoire et surtout pour des raisons certainement liées à une science bien-pensante et ne bousculant surtout pas les principes établis, la volonté d’écarter à mots couverts toutes les autres hypothèses. »

E.J : Il y a surtout les résultats apportés par les analyses de l’ADN environnemental qui écarte toutes les autres hypothèses ! Et cela n’a rien à voir avec de l’arrogance ou une science bien-pensante.
Et jusqu’à présent un échantillon d’ADN ne donne pas la taille du spécimen à qui appartient cet ADN.
J’aimerais cependant avoir des références concernant des anguilles géantes qu’on aurait pêchées, car j’avoue n’avoir trouvé que ces dimensions, selon des sources internet : 40-150 cm (Wikipedia), 142 cmhttps://www.logrami.fr/sensibilisation/poissons-migrateurs/anguille/
Cela dit, je vais peut-être trouver la réponse dans un ouvrage intitulé L’évangile des anguilles (Patrick Svensson, Seuil, 2021) que l’on m’a offert il y a peu et que j’ai commencé à lire, sans connexion avec le dossier « Nessie ». J’y reviendrai si j’y trouve l’information.
Cela dit, la découverte d’anguilles géantes serait une découverte cryptozoologique qui devrait satisfaire les cryptozoologues, à défaut d’otarie à long cou.

« La théorie de l’anguille géante demeure quant à elle parfaitement valable. Nous avons trouvé une grande quantité d ‘ADN d ‘anguille pratiquement à chaque endroit échantíllonné›› (Neill Gemmel) . Nous sommes donc en face de suppositions invérifiables alors même que le pourcentage d’ADN relevé dans les eaux du loch concernant les anguilles est de 10,1 % l «

E.J : Suppositions invérifiées peut-être, mais pas invérifiables. Il semble que j’avais lu quelque part que l’ADN des échantillons prélevés par Gemmel contenaient 80% d’ADN d’anguille européenne (Anguilla anguilla) et aucun ADN d’espèce inconnue.

M.B : P.149 : « Les pêcheurs du loch n’ont pas attendu les conclusions du chercheur néo-zélandais ; elles ont simplement servi de confirmer ce qu’ils savaient depuis… des siècles ! »

E.J : Et alors ? La recherche scientifique peut aussi servir à confirmer ce que l’on sait empiriquement.

« L’anguilliforme géant n’a jamais correspondu aux descriptions des témoins ou aux relevés sonars. Les riverains connaissent parfaitement la morphologie des anguilles et c’est une des raisons pour lesquelles ils n’en font jamais référence lorsque l’on parle des mystérieux habitants du loch. Les travaux du professeur Gemmell, qui ont dû coûter une petite fortune, ne nous apportent aucune solution nouvelle, ils ne font que conforter le fait que nombres (sic !) d’anguilles vivent dans le loch. Cette étude ne prouve rien et surtout pas l’inexistence d’une espèce qui pourrait se situer au sommet de la chaîne alimentaire. Cette technique de l’ADN environnemental est censée trouver et classifier tous les êtres vivants dans la théorie mais la pratique s’avère beaucoup plus complexe en fonction des individus qui peuvent être génétiquement proches, en fonction de la taille… »

E.J : Je ne comprends rien à ce raisonnement qui dit encore une fois une chose et son contraire.

Selon le Professeur Jean de l’Université de Lyon, << l’ADN environnemental est définí comme étant l’ADN pouvant être extrait d’échantillons environnementaux tel que le sol, l ‘eau ou l ‘air sans avoir besoin d ‘isoler au préalable des individus cibles. L’ADN est constitué d ‘un mélange d’ADN intracellulaire provenant de cellules vivantes et d’ADN extracellulaire issu de cellules dont la structure a été dégradée ››. Si cette technique employée par Neil Gemmell aspire à enlever les parts de rêve et de mystère qui entourent les eaux sombres du loch, elle se heurte à la nature qui n’est visiblement pas disposée à se laisser faire ! »

M.B : P. 150 : « Des anguilles, mêmes géantes, pourraient donc très bien cohabiter avec un super prédateur qui, du fait de son gigantisme, verrait ses besoins alimentaires décuplés ! »

M.B : P.152 :  « Cette nouvelle théorie (celle de l’anguille géante, ndlr) ne permet aucune conclusion. Elle s’appuie simplement sur les quantités d’ADN environnemental retrouvés. Nous sommes donc en présence de résultats partiels. […].Par contre la presse, comme à son habitude, a vite pris le relais de cette théorie pour une fois de plus anéantir tous les espoirs de voir un jour surgir des eaux du loch une espèce totalement inconnue. »

E.J : Des résultats partiels ? Je ne saisis pas pourquoi  » partiels ».

M.B : P.153 : « Premier Ministre britannique Boris Johnson, qui suite aux expériences de Neil Gemmel, déclara : << une forte concentration d ‘ADN d’anguille dans l ‘eau, cela ne me semble pas être une preuve concluante de l’inexistence du monstre du loch Ness ››. L’honneur est sauf !

E.J : Sauf que Johnson ne cite en aucun cas ce que serait le « monstre du loch Ness »

M.B : P.154. « Cela dit, jusqu’à nos jours, aucun esturgeon n’a été officiellement, ni observé, ni pêché dans le loch.

L’international Society of Cryptozoology admet dans l’un de ses bulletins d’information, que l’esturgeon serait une solution plausible pour pas mal de témoignages mystérieux rencontrés essentiellement dans certains lacs d’Amérique du Nord. Par exemple, en 1951, un esturgeon de 3,25 mètres fut capturé dans la rivière Colombia, dans le Wisconsin. »

E.J : Je suis de cet avis concernant les lacs-à-monstres américains. On pourrait ajouter la loutre de rivière (Lutra canadensis) qui est un animal qui dépasse le mètre. J’ai déjà eu l’occasion d’en voir plusieurs à l’occasion de mes voyages au Canada et même une fois un individu à 4-5 m seulement et pendant plusieurs minutes lors d’une de mes visites à Paul LeBlond. Malheureusement je n’avais emporté d’appareil photo avec moi pour cette courte promenade avec Paul avant le dîner.

M.B : P 179 : « Finalement, le mystère des monstres du loch Ness se résume en deux mots : << preuve ›› et << croyance ››, et même si nous obtenons la première, si elle est sans appel, la seconde subsistera, car la << preuve ›› c’est le domaine du matériel, alors que la << croyance ›› est issue du domaine du spirituel. »

E.J : Je suis tout à fait d’accord là-dessus ! Et c’est pour cela que nous n’avons AUCUNE preuve scientifique de l’existence d’une espèce inconnue de la zoologie dans le loch Ness et certainement pas d’un pinnipède autre que des phoques ou des marsouins dont l’entrée dans le loch est attestée. Un phoque y a même passé plusieurs mois. (Loxton & Prothero , 2013)
Par contre nous avons des preuves biologiques, avec l’ADN environnemental, de l’absence d’une espèce inconnue.

Au Chapitre 8

M.B : P.178 : « C’est un dénominateur commun à toute recherche cryptozoologique qui, pour qu’elle puisse aboutir, ne peut en conséquence uniquement se contenter de connaissances, de croyances, mais plutôt de certitudes et de preuves ? Nous n’avons à ce jour aucune réponse à donner puisque nous avons assisté depuis un siècle à une multitude de témoignages, d’opinions, d’hypothèses qui se sont révélés, pour chacun et chacune en corrélation avec la vision que tous avaient sur le monstre.

Sur cette mystérieuse identité, ma conviction faite de connaissances est qu’une espèce encore inconnue de la science habite le loch Ness et dans d’autres lacs environnants, sans certitudes. »

E.J : Je suis tout à fait d’accord sur le premier paragraphe ci-dessus, par contre Michel Ballot se contredit puisqu’il écrit que toute recherche cryptozoologique ne peut se contenter de connaissances, or que dans le paragraphe suivant il dit que sa conviction est faite de connaissances, donc juste le contraire.

M.B. :  P.180 : Les recherches au sonar laissent toujours planer un doute ; ceux affiliés à l’ADN environnemental ne réussiront jamais à donner une réponse définitive, tout au moins de nos jours : nous en avons démontré les limites.

E.J : En fait, le dossier de Nessie est constitué de canulars, de mauvaises interprétations de phénomènes physiques dus à la présence d’une thermocline au sein du lac, d’entrées occasionnelles de phoques dans le lac, etc…. comme je l’ai déjà dit.
En fait, il y a bien l’existence d’un « Phénomène Monstre du loch Ness » mais pas d’animaux inconnus. Il semble que ce serait pareil pour d’autres lacs-à-monstres.
En effet s’il existait une espèce inconnue dans le loch Ness – et ce serait obligatoirement un mammifère – on devrait avoir des échouages de cadavres et bien plus d’observations en surface, car un mammifère a besoin de respirer régulièrement. De plus s’il s’agit d’un pinnipède il viendrait mettre bas sur la terre ferme. Or rien de tout cela.

Quant à la biomasse, l’Operation Deepscan en 1987 (dont je possède une copie) et le Project Urquhart (1992-93) ont montré qu’elle était pauvre et insuffisante pour nourrir une troupe de mammifères d’une 20aine d’individus d’une masse et d’une taille voisines de celles de l’éléphant-de-mer. (Shine & Martin, 1987)
Concernant la consanguinité, je vois mal comment sortir du problème constitué de la nécessité d’un nombre suffisant d’individus pour qu’il y ait une population viable dans un lac de 38 km de long.

L’ADN environnemental est utilisé dans le milieu marin pour identifier les espèces présentes dans un endroit donné, il est donc encore plus pertinent dans une étendue d’eau délimitée, comme un lac.

Je reste sur ma position concernant le loch Ness et certains lacs nordaméricains, car la présence notamment d’esturgeons dans certains d’entre eux peut complexifier les études. Je rappelle qu’aucun esturgeon n’a jamais été pêché dans le loch Ness.

Et, contrairement à ce que dit le livre de Michel Ballot démonter une légende (même si cela ne fait pas le bonheur économique d’une région et d’une pléiade d’auteurs, je le concède) ne remet pas en question la cryptozoologie, mais au contraire démontre qu’elle est bien une discipline scientifique, capable d’évoluer et de se remettre en question, et non une pseudo-science, telles l’astrologie ou la numérologie. 

La cryptozoologie n’a pas pour objectif de démontrer à tout prix et contre toute évidence qu’une espèce animale nouvelle existe mais aussi de mettre à plat certaines légendes, hypothèses ou théories.
Michel Raynal a bien prouvé de son côté, grâce à l’analyse de l’ADN, que la carcasse de Saint Augustine (Floride, 1896) n’était pas le cadavre d’un Poulpe Colossal mais du lard de baleine, ce qu’un nouvel échouage au Chili a bien confirmé il y a quelques années. Voilà un dossier vieux de plus d’un siècle définitivement clos. De même qu’il a démontré que l’Oiseau Roc ou Rokh des Contes des 1001 Nuits n’est pas l’Aepyornis de Madagascar, mais un oiseau imaginaire.

Conclusion :

Globalement, cet ouvrage n’apporte rien à la recherche cryptozoologique ou scientifique puisqu’il n’amène aucun élément nouveau au dossier et, ce qui est plus grave !, son titre trompe le lecteur sur son réel contenu.
En effet, il n’est qu’un plaidoyer pour une seule hypothèse – l’hypothèse obsolète de l’otarie à long cou – en rejetant toutes les autres sans même avoir pris la peine de les étudier et de les exposer dans le détail.
Le lecteur remarquera aussi l’absence de références bibliographiques qui lui permettrait de faire lui-même ses recherches et de consulter les sources utilisées par Michel Ballot. Cet oubli ou omission est une erreur impardonnable dans tout ouvrage qui se veut sérieux.

In fine j’ai l’impression que ce livre a été écrit rapidement, lors du confinement qui empêchait Michel Ballot de retourner en Afrique, et cela dans le seul but d’en faire un produit commercial au titre racoleur mais trompeur, sans volonté de prendre le temps de faire un travail de recherche de fond. 

Référence bibliographique :

BALLOT Michel,

2022 – Les hypothèses Nessie, Vérités, doutes et impostures sur les monstres du loch Ness (Ed. Ethos)

HARMSWORTH Tony,

2012 – Loch Ness Monster Explained & Loch Ness Understood (Edition Kindle)

LOXTON, Daniel; PROTHERO, Donald R.,

2013 – Abominable Science!: Origins of the Yeti, Nessie, and Other Famous Cryptids (p. 129) (Columbia University Press. Édition du Kindle).

SHINE Adrian, & MARTIN David,

1987 –  Loch Ness Habitats Observed By Sonar and Underwater Televison »

RADFORD Benjamin, NICKELL Joe & al.,

2006 – Lake Monster Mysteries: Investigating the World’s Most Elusive Creatures (University Press of Kentucky)

Sites internet :

https://www.facebook.com/407644239395508/posts/the-central-hall-picture-house-on-academy-street-it-opened-in-1912-with-a-seatin/1225182080975049/

https://www.laculturegenerale.com/theorie-hypothese-difference/

https://www.youtube.com/watch?v=0JVZ0bE8hpk

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anguille_d%27Europe

 

 

 

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