Et si le yeti n’y était plus ?

Et si le yeti n’y était plus ?

Avez-vous entendu parler récemment du yeti? Nous non plus, pas plus que les habitants de l’Himalaya. Avec la modernité, les villageois n’ont plus besoin de grimper dans les montagnes, où ils voyaient -ou croyaient voir- les traces de « l’abominable homme des neiges ». Probable raison pour laquelle les récits de rencontre, et donc une légende, disparaissent peu à peu, développe lundi la correspondante de la BBC au Bhoutan.

« J’avais environ 9 ans et j’étais partie là-haut dans les montagnes pour récolter des feuilles séchées pour le bétail », raconte la septuagénaire Pem Dorji, du village reculé de Chendebji. « C’était peu après une importante chute de neige, qui avait duré pendant près de neuf nuits. Le yeti était probablement descendu, cherchant à fuir la neige. J’ai vu les traces qu’il avait laissées derrière lui », témoigne-t-elle. « Je ne pouvais pas rester sur place », confie la vieille dame, perpétuant la tradition locale de partager entre chien et loup les histoires du yeti, ou « Migoi ».

« Quand je suis arrivée à la maison, mes parents étaient assez déçus de me voir les mains vides. J’ai expliqué que j’avais vu les fraîches empreintes du yeti. Je leur ai dit que j’avais eu très peur », ajoute-t-elle. « Quand j’ai décrit les empreintes à mon père, il m’a expliqué que les pieds du yeti pointaient vers l’arrière (avec le talon à l’avant du pied), contrairement aux humains », transmet la femme, changeant légèrement une croyance répandue au Bhoutan selon laquelle le yeti marche en arrière pour ruser ses éventuels poursuivants.

Yeti interdit
Une autre croyance veut que le yeti ne peut courber le corps, une caractéristique partagée avec les esprits malfaisants qui expliquerait pourquoi la plupart des habitations traditionnelles bhoutanaises ont de petites entrées, seuil et linteau forçant le visiteur à lever la jambe et baisser la tête.

Victime démembrée
« D’après les histoires que j’ai entendues de mes parents et grands-parents, le poil du yeti est similaire à celui du singe mais ses pieds et ses mains sont plus proches des nôtres, bien qu’énormes », décrit un autre septuagénaire, Kama Tschering, avant de rapporter une rare « attaque » qu’aurait perpétrée l’animal, plus à l’est.

« Un groupe d’hommes était parti dans les montagnes à la recherche d’un arbre bien précis, qu’ils utilisaient pour sculpter des masques. Quand un yeti est apparu et les a coursés, un homme a disparu. Il s’était caché dans une maisonnette utilisée pour la méditation. Le yeti aurait détruit la maison, abattant les murs. Le yeti n’a pas mangé l’homme mais il a été tué brutalement. Son corps a été démembré et les différentes parties ont été éparpillées », détaille-t-il.

Qui y va encore?
« Je suis un vieil homme et je ne pense pas que j’ai encore la force de monter même une petite côte. Impossible d’aller si haut dans les montagnes », continue Kama Tschering, interrogé sur un col « nécessaire à franchir » pour voir des traces. « 

En fait, très peu de gens vont là-bas, désormais », avoue-t-il.

Autre mode de vie, plus rien à raconter
Le dernier villageois à avoir vu de possibles preuves de l’existence du yeti est un plus jeune individu appelé Norbu.

C’était il y a vingt et quinze ans, cette dernière fois avec la découverte d’une tanière en bambou tressé.

Selon le trentenaire, maintenant, les gens n’ont plus besoin d’aller en montagne pour chercher du bois ou mener paître leur troupeau, puisqu’ils cuisinent sur des réchauds à gaz et puisque les modèles agricoles ont changé, au profit de cultures de rapport comme la pomme de terre.

Les vies se sont améliorées, mais l’inconvénient est qu’il n’y a pas de nouvelles histoires à raconter aux enfants, estime Norbu.

Conviction
« Nous ne sommes plus allés dans les montagnes depuis plus de deux décennies et nous ne sommes pas vraiment sûrs si le yeti est toujours dans nos chaînes de montagnes », confesse le villageois.

« Je ne pense pas que quelqu’un le trouvera un jour. C’est un animal tellement intelligent. Il migre d’un endroit à un autre, et avec de moins en moins de personnes qui montent, peut-être qu’il ne sera jamais trouvé. Mais je sais qu’il existe », conclut-il

(D’après  7/7)

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